Accident du Modern Express : Les enjeux du remorquage

Modern Express

Situation au 04.02.2016 (9h00)
Le Modern Express est arrivé dans le port de Bilbao hier en fin d’après-midi et stationne désormais dans une zone d’abri. Il présente toujours une gîte de 45°. Des opérations de renflouement vont pouvoir être lancées pour redresser le navire et conduire les enquêtes nécessaires pour comprendre ce qui a causé un tel événement de mer.

Situation au 02.02.2016 (9h00)
Le remorquage se poursuit. Le convoi se dirige vers le port de Bilbao dans le Nord de l'Espagne où il devrait arriver le 3 février. Le risque semble écarté pour les côtes françaises. Une fois arrivé dans une zone abritée, il s'agira de tenter de redresser le navire, si possible en rééquilibrant les eaux de ballast. Si cette solution devait s'avérer impossible, il faudrait alors procéder au déchargement de la cargaison au moyen d'une grue flottante, ce qui constitue une opération d'envergure.

Situation au 01.02.2016 (13h15)
Profitant d’une accalmie de la météo, une nouvelle tentative de prise de remorque a été opérée ce matin par la société SMIT Salvage. Celle-ci s’est avérée fructueuse. Le Modern Express est actuellement remorqué par le remorqueur espagnol Centaurus et s’éloigne de la côte.

Lien vers le communiqué de presse de la Préfecture maritime de l'Atlantique

Situation au 01.02.2016 (8h00)
Le navire continue sa dérive et se rapproche inexorablement des côtes. Il se trouve à une cinquantaine de kilomètres du littoral. Une opération de remorquage va être tentée dans la matinée si la météo le permet. En cas d’échec, il faudra envisager l’échouage du navire sur les côtes landaises entre lundi soir & mardi soir. À terre, des mesures sont prises dans le cadre du dispositif ORSEC POLMAR Terre pour parer à une telle éventualité.

Situation au 29.01.2016
Depuis le 26 janvier, le Modern Express dérive dans le golfe de Gascogne en se rapprochant des côtes françaises, sous la surveillance des moyens diligentés par le Préfet maritime de l’Atlantique. La forte gîte (entre 40° & 60°) et le roulis généré par une forte houle rendent périlleuse toute intervention à bord. Les tentatives qui sont menées par la société SMIT Salvage, mandatée par l'armateur pour faire cesser le danger, pour établir un dispositif de remorquage à bord se sont révélées infructueuses, notamment en raison des risques majeurs encourus par les intervenants. Lors de ces opérations, un équipier de la société SMIT s’est légèrement blessé.

Rappel des faits
Le 26 janvier 2016, le Modern Express, roulier de 164 m battant pavillon panaméen, victime d'un désarrimage de cargaison, se trouve en détresse à environ 148 milles du Cap Ortegal (Espagne). Il présente alors une gîte de l'ordre de 40° et subit des vents de sud-ouest de force 8. La totalité de l'équipage est hélitreuillée dans des conditions difficiles par les hélicoptères de sauvetage espagnols. Le navire en provenance de Libreville (Gabon) faisait route vers Le Havre avec un chargement de 3 600 tonnes de bois débité en fardeaux ainsi que du matériel de chantier. La quantité de combustible en soutes est estimée à 300 tonnes de fuel lourd et 150 tonnes de gazole.

Lien vers la fiche du navire

Quels enjeux ?
La dérive du Modern Express, dont l'issue et les conséquences demeurent incertaines, se poursuit inexorablement vers les côtes françaises. Le contexte démontre à nouveau la difficulté d'intervenir à bord d'un navire abandonné par son équipage et, qui plus est, dont la position particulière contraint les moyens d'assistance au rôle d'observateurs. Aussi, chacun y va de son expertise ; certains argumentent notamment sur l'inadéquation du dispositif d'assistance et de sauvetage dans cette zone exposée du golfe de Gascogne au moment de l'événement. Notons que trois remorqueurs suivent l'évolution du navire avec le support non négligeable de la Marine nationale (hélicoptères, techniciens, etc.). La situation auxquels sont confrontés tous les acteurs en présence résulte d'une difficulté majeure d'action : pouvoir établir une remorque.

À ce titre, Vigipol souligne l'obligation faite aux navires citernes d'un port en lourd d'au moins 20 000 tonnes d'être équipés d'un « dispositif de remorquage d'urgence » à l'avant et à l'arrière du navire (Convention SOLAS 74 – Chapitre II-1 - règle 3.4) et déplore la portée limitée de cette exigence. Pour les autres navires (à passagers & de charge), seules sont requises des procédures d'urgence spécifiques aux caractéristiques du navire (arrangements existants, matériel disponible, plans de pont avant & arrière précisant les équipements d'urgence possibles) ; le cas du Modern Express démontre les limites opérationnelles de telles procédures en l’absence de dispositifs de remorquage d'urgence.

Considérant le travail de réflexion entrepris par les spécialistes du remorquage au sein de l'AFCAN  et présenté déjà au colloque Safer Seas, en 2002, à Brest, réflexions portant notamment sur le « retour d'expérience des remorquages d'urgence » et les « apparaux de remorquage prépositionnés permettant d'intervenir sur les navires retournés ou cassés », Vigipol déplore que ces propositions soit restées sans lendemain.