Les opérations de lutte en mer

Parfois, malgré le dispositif de prévention en place et les efforts du personnel chargé d’intervenir à bord d’un navire en difficulté, une pollution maritime survient. Une véritable course contre la montre débute alors. L’organisation reste la même sous l’autorité du préfet maritime : moyens d’intervention coordonnés en mer, équipe de gestion d’intervention au centre opérationnel, équipe de gestion de crise à la préfecture maritime. Et le volet « POLMAR » du dispositif ORSEC maritime se met en œuvre.

Analyser la situation

Dès qu’un risque de pollution est identifié, le centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (Ceppol) établit une analyse de situation à partir de l’état du navire sinistré, du type de polluants présents à bord, de la localisation du navire, des conditions météorologiques, etc. Ces éléments permettent de modéliser le comportement à court, moyen et plus long terme du polluant : évolution du produit, dérive, sites menacés, etc. Sur cette base, le Ceppol, à la tête d’une équipe d’experts située au sein de l’équipe de gestion de crise, propose au préfet maritime une stratégie d’intervention. Cette analyse se déroule en parallèle de la préparation des opérations.

Limiter le déversement

Pour limiter le plus possible l’ampleur d’une pollution, le premier objectif est d’intervenir au plus vite à la source afin de faire cesser le déversement en mer. Lorsque les conditions le permettent, le polluant est ainsi pompé et transbordé sur un autre navire. Si cela n’est pas possible, d’autres solutions techniques sont envisagées pour stopper la fuite. 

Récupérer le polluant déversé

Barrage flottantEn parallèle, le maximum de polluant déversé en mer doit impérativement être récupéré avant qu’il n’atteigne les côtes. En effet, une tonne d’hydrocarbures récupérée en mer évite environ dix tonnes de déchets à terre. Et, il est bien plus coûteux, plus difficile, plus aléatoire et plus agressif pour le milieu naturel de nettoyer le littoral que de récupérer le pétrole en mer. Mais il faut agir vite car, au contact de l’eau de mer, l’hydrocarbure s’émulsifie et devient de plus en plus pâteux, ce qui rend sa récupération en mer de plus en plus complexe.

 

 

Sous l’autorité du préfet maritime, un chantier de lutte antipollution se met en place au large. Les unités chargées d’intervenir en mer sont coordonnées par un officier du Ceppol chargé des opérations sur zone (dénommé OSC pour On-Scene Coordinator) pour le compte du préfet maritime. Les nappes de polluant sont traquées. Des navires spécialisés, les BSAD (Bâtiments de Soutien, d’Assistance et de Dépollution) et d’autres présentant des capacités de lutte en mer sont déployés au plus près du sinistre. Du matériel de confinement et de récupération de grande ampleur est mis en œuvre : écrémeurs grande capacité et barrages hauturiers. Les moyens à la disposition du préfet maritime peuvent être renforcés par des moyens privés, des moyens européens voire des moyens étatiques étrangers venus en renfort.

Le préfet maritime peut aussi recourir à la dispersion du polluant dans la colonne d’eau en répandant à la surface d’une nappe de pétrole des produits dispersants. Ceci diminue sa concentration et donc son impact sur l’environnement et limite le risque d’arrivée massive de pétrole à la côte. Les dispersants accélèrent également les processus de biodégradation naturelle du pétrole. Ils doivent cependant être sélectionnés avec soin afin que leur emploi ait un impact faible sur l’environnement.

Protéger les sites menacés

Protéger les sites susceptibles de recevoir des arrivées de polluant à terre est aussi une nécessité. La défense de ces sites depuis la terre incombe aux autorités départementales. Cependant, une lutte dite de second rideau est mise en œuvre en mer. Des unités à faible tirant d’eau, souvent des navires de pêche armés par les professionnels de la mer de la région concernée, agissent alors sous le contrôle du préfet maritime. Ils sont formés, équipés et coordonnés par une équipe du Ceppol chargée plus particulièrement de la lutte en frange littorale.

Les techniques de lutte disponibles fonctionnent pour les déversements d’hydrocarbures mais ne seraient pas, pour la plupart, utilisables avec des produits chimiques. Le comportement de ces substances dans l’eau de mer n’offrira en effet, le plus souvent, que peu de possibilités de récupération en mer, en cas de dissolution dans la colonne d’eau notamment.

Focus : Le Ceppol

En cas de pollution, les opérations de lutte en mer relèvent des missions de la Marine nationale. Le centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (Ceppol) est l’unité de la Marine nationale spécialisée dans la lutte en mer contre les pollutions par hydrocarbures, produits chimiques et conteneurs. Le Ceppol est également chargé de préparer, équiper et former les Équipes d’Évaluation et d’Intervention (EEI), « yeux et oreilles » du préfet maritime, à bord d’un navire en difficulté. Le Ceppol intervient dans les eaux maritimes sous responsabilité française, en métropole et en outremer.