Des conditions de navigation difficiles

Les conditions de navigation ne sont pas les mêmes en tout point des mers du globe en raison de conditions météorologiques (vent, houle, brumes et brouillard, tempête), océaniques (bathymétrie, nature des fonds, courants, marée) et/ou anthropiques (densité du trafic, obstacles à la navigation et autres activités maritimes) spécifiques à chaque zone.

Certains passages sont ainsi reconnus comme étant plus dangereux que d’autres par les navigateurs. La corrélation de l’ensemble de ces facteurs permet de déterminer les zones où la navigation est potentiellement la plus à risque, soit à cause de conditions de mer difficiles (les navires, alors mis à rude épreuve, ont davantage de risque de subir avarie, désarrimage, échouement ou naufrage) soit par manque de visibilité (risque accru de collision et d’échouement), soit encore à cause de la présence d’obstacles à la navigation. La Manche est une zone où la navigation est particulièrement délicate.

La Manche, mer bordière de l’océan Atlantique s’ouvrant au nord-est sur la mer du Nord, est une petite mer épicontinentale dont la superficie n’est que de 75 000 km2. Elle constitue un espace maritime très resserré. Sa longueur est de 540 km et sa largeur oscille entre 180 km dans la partie occidentale et 31 km dans le détroit du Pas-de-Calais. Sa profondeur ne dépasse pas 120 m et se réduit d’ouest en est pour n’être, au maximum, que de 65 m dans le détroit du Pas de Calais, avec certains passages n’excédant pas 30 m de profondeur (carte ci-dessous). La dangerosité de ces faibles profondeurs est accentuée par la présence d’îles, de bancs et autres écueils qui bordent principalement les côtes françaises.

 



Une telle configuration géographique induit des courants marins parmi les plus violents du monde (carte ci-dessous), courants combinés à de forts marnages, de 5 à 11 m en moyenne avec un maximum de 15 m dans la baie du Mont-Saint-Michel. Dans la partie occidentale de la Manche, la houle provoque des mers fortes sur les côtes britanniques et grosses sur les côtes françaises tandis qu’en Manche orientale, les amplitudes de houle sont plus faibles. Au-delà de l’événement de mer, la marée a aussi une incidence sur la gravité de la pollution. En effet, les courants de marée participent à la remobilisation du polluant et à son dépôt, tandis que le marnage détermine le niveau d’estran atteint par la pollution.


Les vents dominants en Manche sont de secteurs entre sud et ouest, devenant ouest/sud-ouest en hiver et ouest en été. Ce régime général est, cependant, souvent modifié par les perturbations du front polaire. Une étude menée par Météo France sur la période 1973-1997 montre que les vents faibles (< 4 nœuds) y sont peu fréquents, presque en toutes zones inférieurs à 5 % du temps et la fréquence des vents forts de secteurs sud-ouest et nord-ouest augmente en automne et en hiver. La zone la plus ventée est celle du cap de La Hague ; les vents y sont supérieurs à force 6, toutes directions confondues, près d’un quart du temps tout au long de l’année et plus d’un tiers du temps entre novembre et février.

De plus, le brouillard est fréquent en Manche, avec en moyenne plus de 20 jours de brouillard par an. Cette moyenne est encore plus élevée entre la frontière belge et l’estuaire de la Seine où les brouillards de rayonnement sont fréquents entre novembre et mars, en particulier dans les zones industrielles recouvertes de fumées. Poussés par une légère brise, ces brouillards peuvent s’étendre sur une grande distance au large. La  fréquence la plus élevée est observée au Cap de la Hève, proche du Havre. On y observe en moyenne 52,8 jours de brouillard par an. Les brouillards d’advection, quant à eux, sont surtout fréquents en été (trois à cinq jours par mois) et s’étendent souvent jusqu’à la côte sous l’effet de la brise de mer. Ce type de brouillard est dangereux en raison de sa rapidité, la visibilité devenant inférieure à 100 m en quelques minutes. Il existe également un troisième type de brouillard en Manche, le brouillard d’évaporation qui se forme lorsque de l’air froid et très stable recouvre la mer. Si les plus grandes fréquences de mauvaise visibilité sont observées annuellement dans le Pas-de-Calais, en été le brouillard y est moins fréquent qu’à l’ouest de la Manche.

En conclusion, la navigation est réputée difficile en Manche. Plusieurs secteurs nécessitent une attention particulière. Les DST d’Ouessant et des Casquets subissent des conditions météorologiques et océanographiques sévères, surtout en hiver (mer mauvaise, vents, etc.), tandis que le Pas-de-Calais pâtit, entre autres, d’un fréquent manque de visibilité.