L’activité maritime

Évolution du trafic maritime mondial
Au cours des dernières décennies, la mondialisation a engendré un accroissement exponentiel des échanges internationaux, bien qu’une légère baisse soit observée depuis 2008 en raison de la crise économique. Le transport maritime y joue un rôle prépondérant avec le transport de 90% du tonnage total échangé, soit 6 milliards de tonnes par an. 70 % du trafic maritime mondial est assuré par seulement 14 % des navires, les porte-conteneurs. Les autorités portuaires ont ainsi investi massivement pour décharger toujours plus rapidement un volume toujours plus important de conteneurs, provenant de navires toujours plus grands.

Cette course aux investissements a scindé les ports en deux catégories : ceux qui peuvent accueillir tous types de navires et ceux qui n’ont pas eu la capacité technique ou financière de s’adapter à la conteneurisation. Ces derniers sont devenus des ports régionaux à la fois tributaires des grands ports et relais de ceux-ci.


Les ports de la Manche
90 % du commerce extérieur de l’Europe et près de 40 % de son commerce intérieur se font par voie maritime. Les grands ports de commerce (Rotterdam, Anvers, Hambourg, Bremerhaven, Zeebruges, Le Havre et Dunkerque) captent l’essentiel du trafic maritime, en volume et en valeur et accueillent les navires assurant les liaisons transcontinentales. Des liaisons régulières de caboteurs permettent ensuite de desservir les autres ports européens. Ceci engendre une forte hausse du trafic en Manche, d’autant plus que ces navires, affrétés à la demande, repartent souvent à vide une fois la marchandise déchargée.

La position géographique de la Manche en fait un passage obligé vers les grands ports de la mer du Nord, et donc l’un des principaux couloirs maritimes au monde, où circule près de 20 % du trafic maritime mondial. Cargos, porte-conteneurs, pétroliers, chimiquiers passent sans cesse reliant les voies montantes et descendantes des trois dispositifs de séparation du trafic (DST) qui jalonnent l’espace pour canaliser le flux des navires et limiter le risque de collision.

 

À ce trafic longitudinal très dense s’ajoutent, en 2011, 132 liaisons quotidiennes nord-sud, entre les ports français et britanniques. Au milieu de ces flux de fret et de passagers, 4 200 navires de pêche et des navires d’extraction de granulats sillonnent la zone, tout comme les nombreux plaisanciers qui y naviguent, accentuant encore la densité du trafic maritime (cf. carte ci-dessus).

Dans le détroit du Pas-de-Calais, véritable goulet d’étranglement d’à peine 43 km de large, la saturation de l’espace est encore plus critique. En 2012, 69 liaisons quotidiennes entre les ports de Calais et Douvres, chargées de 3 753 véhicules fret par jour en moyenne, assurent le transit d’un tiers des marchandises échangées entre le continent et les îles britanniques, coupant ainsi perpendiculairement la route des 205 navires de commerce quotidiens qui circulent en moyenne entre Manche et mer du Nord.

En dépit de l’intensité du trafic maritime qui traverse la Manche (cf. carte ci-dessous), seule une faible part débarque dans ses ports. En 2010, 333,4 millions de tonnes de fret ont ainsi transité par les ports de la zone et 17 millions de passagers ont traversé la Manche.

Le transport de fret se concentre principalement dans les ports du Havre, Dunkerque, Southampton, Calais, Rouen et Douvres ; les disparités en termes de tonnages transportés sont importantes entre les ports et sont liées à la fois au type de marchandises transportées et aux spécialisations de ces ports. Les marchandises transportées sont essentiellement des produits pétroliers et gaziers. À cela  s’ajoutent les conteneurs (44,3 millions de tonnes) et le trafic roulier (94 millions de tonnes). Le vrac solide est dominé par les céréales et les produits agricoles.

Les ports de l’espace Manche sont aussi des ports de voyageurs. En moyenne, quelque 45 000 personnes traversent quotidiennement la Manche, Calais et Douvres assurant à eux seuls plus de 70 % du trafic, suivis par les liaisons Douvres-Dunkerque et Portsmouth-Caen. En moyenne, 132 rotations de ferry se succèdent au fil des heures sur les douze lignes régulières reliant les côtes du Channel. Nombre d’entre elles sont concentrées sur le Détroit où la concurrence forte fait apparaître ou disparaître les compagnies au gré des aléas économiques. Le tunnel sous la Manche affiche, quant à lui, un trafic en progression, avoisinant les 10,6 millions de passagers pour près de 13 millions de tonnes de fret en 2011, sans réellement menacer le trafic maritime.

Avec près de 9 800 marins embarqués sur quelques 4 200 navires, la pêche demeure encore une activité majeure en Manche bien qu’elle n’ait cessé de connaître restructurations et réductions depuis 40 ans. Sur l’ensemble des pêcheurs de la zone, 60 % travaillent en Manche, les 40 % restants pratiquent une pêche plus au large. Si les marins français sont plus nombreux que leurs homologues britanniques, c’est avant tout parce que le type de pêche pratiqué diffère. La Manche est encore riche d’espèces diverses. De Penzance à Douvres et de Concarneau à
Dunkerque, près de 210 000 tonnes de prises sont vendues chaque année dans les 35 halles à marée que compte la zone. Boulogne est le premier port de pêche de l’espace Manche avec 28 000 tonnes de poissons et crustacés vendus en 2011. En Angleterre, Plymouth arrive en tête avec près de 14 000 tonnes de prises. Cependant, certaines espèces sont plus rentables que d’autres, et à quantités égales pêchées, se vendent plus cher. La langoustine, la baudroie (lotte), le bar, la sole et la coquille Saint-Jacques sont parmi les espèces les plus rentables.

En matière de plaisance, 126 ports dotés de structures d’amarrage fixes jalonnent les rives de la Manche, auxquels il convient d’ajouter les multiples mouillages libres utilisant les abris naturels du littoral. Pourtant, le nombre de places d’amarrage est insuffisant en regard du nombre croissant de bateaux immatriculés, et ce en dépit du fait que la plupart des embarcations ne sortent, en moyenne, que quelques jours par an. Plus de 1,3 millions de bateaux sont ainsi immatriculés dans la zone, dont les 3/4 côté anglais. Si les bateaux sont plus nombreux côté anglais, les ports sont plus nombreux côté français, particulièrement en Basse-Normandie et en Bretagne. Ils constituent des atouts touristiques majeurs pour de nombreuses communes littorales. La Manche est ainsi l’un des premiers bassins de plaisance du monde.