Les pollutions au large de nos côtes

112 déversements accidentels de produits de nature et d’ampleur variables (cf. carte ci-dessous) ont été recensés dans la Manche et ses abords entre 1960 et 2009, dont 84 pollutions (c’est-à-dire des déversements de produits dangereux ou potentiellement dangereux). On y dénombre deux des principales marées noires mondiales : le Torrey Canyon et l’Amoco Cadiz.



Le Torrey Canyon
Le 18 mars 1967, ce pétrolier libérien s’échoue entre les îles Sorlingues et la côte britannique avec 121 000 T de pétrole brut à bord. Les vagues de pollution se succèdent touchant à la fois les côtes britanniques et françaises. C’est la première grande marée noire de l’histoire. Elle va être le point de départ des politiques française, britannique, européenne et mondiale de prévention et de lutte contre les pollutions maritimes. Cet exemple illustre également le fait qu’une pollution déversée en Manche peut avoir des conséquences sur les deux rives et renforce la nécessité de coopérer entre les deux pays.

Aucun secteur de la Manche n’est réellement épargné. La densité de pollutions est élevée sur l’ensemble de la zone. Certains secteurs concentrent, cependant, plus de pollutions que d’autres. C’est notamment le cas des DST (Dispositif de Séparation du Trafic) d’Ouessant, des Casquets et du Pas de Calais. Cette constatation n’est pas surprenante dans la mesure où les DST ont été établis à l’initiative de l’OMI à la fin des années 1960 afin de réduire les risques d’abordage dans une région où le trafic maritime est dense dans les deux sens, et dans les secteurs où se croisent des flux importants de navires. Les abords de plusieurs grands ports (Le Havre et Milford Haven notamment) et certains estuaires (la Seine et la Tamise en particulier) comptent également une densité de pollutions plus forte.

Plus spécifiquement, les pollutions par substances nocives ou potentiellement dangereuses sont principalement localisées aux abords du rail des Casquets et au large de la pointe de la Bretagne tandis que les déversements de produits inertes se concentrent principalement à l’entrée ouest de la Manche entre le sud de la Cornouailles et le nord de la Bretagne. Un seul déversement de substances radioactives, le Mont Louis, s’est produit, dans le DST du Pas de Calais en 1983.

Aucune zone de la Manche n’est réellement épargnée par ce risque. Cependant, les entrées des grands ports ou estuaires ainsi que les abords des DST ont concentré la plus forte densité d’accidents et peuvent donc être considérés comme particulièrement dangereux.

Cependant, toutes ces pollutions et autres déversements de matières inertes n’ont pas affecté le littoral ; certains ayant coulé, été dissouts ou récupérés en mer. C’est pourquoi des territoires ont été beaucoup plus touchés et, malgré eux, plus expérimentés que d’autres en matière de pollution (Bretagne, Cornouailles et Devon notamment). La récurrence des arrivages a engendré chez les habitants et élus de ces territoires une conscience plus grande du risque de pollution, es incitant à se préparer (en se fédérant autour de Vigipol en Bretagne par exemple). Les autres régions de la Manche, bien qu’épargnées pour l’instant, ont elles aussi à se préparer à leur tour car elles sont tout autant exposées au risque de pollution que leurs voisines de l’ouest de la Manche.


Les rejets illicites
Les rejets volontaires d’hydrocarbures en mer résultent d’opérations d’entretien et ne sont pas tous illicites. Ils sont autorisés tant que leur concentration en hydrocarbures n’excède pas 15 ppm (parties par million), et en dehors des zones spéciales dont la Manche fait partie. Le nettoyage régulier des cuves est une opération indispensable au bon fonctionnement des navires citernes. Mais les eaux souillées doivent ensuite être déchargées au port. Résultat d’une politique de répression forte, le nombre d’infractions constatées en Manche a été divisé par cinq ces dix dernières années.