Des navires de plus en plus grands

Pétroliers, vraquiers, gaziers, porte-conteneurs et navires à passagers, aucune catégorie de navires n’a échappé à un accroissement significatif de ses capacités depuis les années 1970. Si ces navires permettent des économies d’échelle considérables, ils engendrent aussi de nouveaux risques, source de bien des préoccupations. L’exemple de l’évolution de la flotte de porte-conteneurs est sans doute le plus emblématique de cette course au gigantisme des navires.

p25 schema1EVP : Equivalent Vingt Pieds

Unité de mesure des contenuers qui sert à exprimer la capacité de chargement d'un navire. Il existe des conteneurs de 20 pieds (1 EVP) et de 40 pieds (2 EVP).

Pourquoi construire des navires toujours plus grands ?

La capacité des porte-conteneurs est passée de 1 500 EVP en 1970 à 22 000 EVP en 2018. La standardisation des conteneurs a permis la conception de navires très spécialisés, de grande capacité et de grande vitesse, très rentables par rapport aux cargos classiques. Les temps de manutention ont été divisés par 40, les dépenses d’équipage par 100 et les dépenses énergétiques par tonne transportée par 3. Aucun autre mode de transport n’a connu un tel accroissement de productivité. Ce changement d’échelle a été rendu possible par les progrès en matière de conception des navires et moyens de manutention portuaires et par le développement de l’informatique.

 

 

Des simulateurs pour s’entraîner à manœuvrer ces géants

Pour ces navires aux dimensions hors normes, la simulation est un exceptionnel outil pédagogique dont disposent les centres de formation maritime civiles ou militaires (ENSM, École navale, lycées maritimes) et les armateurs pour entraîner équipages et pilotes de port ou analyser les accidents. Il est ainsi possible de reproduire dans les moindres détails une passerelle réelle : environnement extérieur, équipements, communications, sonorisation des moteurs, vibrations, etc.

 p25 schema2Quels sont les risques ?

   +  désarrimage de cargaison : les conteneurs perdus deviennent des obstacles à la navigation pour les autres navires et peuvent s’échouer à la côte. Le Svendborg Maersk détient à ce jour le record avec 517 conteneurs perdus en une seule nuit lors d’une tempête.
   +  incendie ou explosion : les conteneurs qui transportent des produits chimiques peuvent s’enflammer ou réagir au contact d’autres substances, entraînant explosions et émanations toxiques très dangereuses pour l’équipage. Elles empêchent aussi les opérations pour maîtriser l’incendie. Le MSC Flaminia brûla ainsi plus d’un mois avant qu’on puisse en approcher.
   +  avarie de structure : le MOL Comfort se brisa subitement en deux en mer d’Oman probablement suite à un défaut de conception ou de réalisation.
   +  difficulté de remorquage : les remorqueurs comme les Abeilles n’ont pas été conçus pour des navires aussi grands. Remorquer un navire en difficulté est toujours chose délicate. Qu’en sera-t-il lorsqu’il faudra remorquer l’un de ces géants en pleine tempête ?
   +  pollution massive et multiple : une multitude de marchandises, dangereuses ou non, sont présentes sur un même navire. Il y a aussi 10 à 15 000 tonnes de fuel à bord pour la propulsion du navire. Un accident peut donc être à l’origine à la fois d’une marée noire et d’autres déversements (conteneurs, produits chimiques et produits inertes) à gérer en même temps.

Les paquebots posent aussi la question de l’évacuation en cas d’accident car ils transportent l’équivalent d’une petite ville. L’Harmony of the Seas, l’un des plus gros navires actuels, peut ainsi avoir à son bord 6 360 passagers et 2 100 membres d’équipage.

En 2017, 30 porte-conteneurs de 400 mètres de long ont emprunté 208 fois le rail d'Ouessant. La capacité maximale a été atteinte par le MSC Mirjam avec 19 224 EVP.

Quelles sont les limites ?

La course au gigantisme n’est pas terminée. Techniquement, rien ne s’oppose à ce que des navires encore plus grands soient construits. Les limites pourront toutefois venir :
   +  des capacités portuaires
   +  des risques importants que font courir ces navires aux équipages et à l’environnement
   +  des assureurs qui voient avec inquiétude le développement de ces navires dont la valeur de la cargaison avoisine désormais le milliard d’euros. La perte totale de l’un d’entre eux aurait donc des conséquences catastrophiques en termes d’assurance.

Et c’est sans doute une fois encore un accident majeur qui viendra siffler la fin de la partie.