Des risques de plus en plus complexes

Le transport maritime évolue et avec lui les risques qu’il engendre tant en mer qu’à terre. Les accidents et pollutions de demain n’ont plus pour seul enjeu les opérations de nettoyage. Les risques pour la santé des équipages, des intervenants et des populations sont cruciaux alors que les navires deviennent plus vulnérables et plus risqués.

Un transport maritime en mutation

La fin des raffineries en Europe a entraîné une diminution du transport d’hydrocarbures lourds au profit de produits raffinés. Plus volatiles, ils sont certes moins nocifs pour l’environnement en cas de déversement, mais beaucoup plus dangereux en raison du risque explosif et de pollution atmosphérique en cas d’incendie. Les incendies et explosions qui se multiplient à bord des porte-conteneurs sont également préoccupants, tout comme le risque explosif que sont susceptibles de présenter les navires à propulsion GNL (Gaz Naturel Liquéfié).

De plus, la recherche de rentabilité diminue le temps d’escale des navires dans les ports, à l’origine :
   +  d’une fatigue des équipages propice aux dysfonctionnements
   +  d’une augmentation des problèmes de saisissage et de ségrégation des conteneurs qui accroissent le risque d'incendie et d'explosion et de  pertes de cargaison en cas de tempête ou de collision

Mise en danger de la vie humaine

L'objectif premier de la Convention SOLAS est d'assurer la sauvegarde de la vie humaine à bord des navires. Or, les risques pour les équipages repartent en hausse et les règles de sécurité actuelles semblent atteindre leurs limites. Les risques d’explosion ou d’émanations toxiques empêchent d’approcher un navire en difficulté pendant de longs jours, ce qui entrave les possibilités de sauvetage et de gestion du sinistre. Ces risques se déportent aussi à terre avec l’échouement possible de cargaisons dangereuses, d’un navire en feu ou menaçant d’exploser à proximité du littoral.

Des navires de plus en plus numérisés

Le numérique est aujourd’hui omniprésent à bord de tout type de navire, et plus particulièrement des navires de commerce, sous forme d’ordinateurs, d’automates et de capteurs en tout genre. Ils régissent le fonctionnement des moyens de communication, de la conduite du navire et la gestion de la cargaison. Utiles pour la prévention des risques à bord, ils permettent aussi de lutter contre l'isolement du navire. Ils sont particulièrement présents dans la cartographie et la navigation : outils de positionnement, cartes marines numériques et informations en temps réel sur la météo et les courants. Des calculateurs collectent et synthétisent les données issues de capteurs pour fournir au capitaine une vision globale de la situation du navire en temps réel, tandis que des automates transmettent les ordres de la passerelle vers les équipements actionnant ainsi une pompe ou un moteur.

Ils rendent également possible le suivi en temps réel des navires de commerce permettant d’optimiser la route, réduire les coûts, la consommation de carburant en particulier, et de garantir les échéances de livraison. Les contacts sont ainsi permanents entre le navire, la compagnie, le port ou l’agent maritime.

Cette présence du numérique continue de se renforcer au fil des évolutions technologiques. Cependant, s’il rend le navire plus performant et la navigation plus sûre, le numérique les rend aussi dépendants de l’extérieur et donc plus vulnérables en cas de panne ou d’attaque malveillante. Le navire du futur autonome et intelligent, disponible prochainement, accentuera encore cette tendance.

Les opérations de nettoyage… et tout le reste !

Longtemps, la gestion d’une pollution à terre s’est focalisée sur les seules opérations de nettoyage du pétrole. Ce n’est plus possible aujourd’hui. D’autres actions sont à conduire en parallèle du nettoyage voire avant celui-ci :
   +  les risques pour la population : comment évacuer toute ou partie de sa population ou lui demander de se confiner ? Comment gérer des dizaines de fûts toxiques à la côte ? Cela ne s’improvise pas.
   +  les pertes de cargaisons et conteneurs attirent toujours des badauds à la côte pour voir et souvent ramasser les marchandises intéressantes... sauf que ces marchandises appartiennent à un propriétaire qui est en droit de sommer le maire de faire cesser le pillage. Et le maire se trouve à devoir gérer une opération de sécurité publique.
TK Bremen   +  Le tourisme de catastrophe se développe aussi de plus en plus, surtout lorsque le navire est échoué à la côte. En décembre 2011, 10 000 personnes sont ainsi venues en un weekend voir le TK Bremen échoué à l’entrée de la ria d’Étel, piétinant au passage une dune classée Natura 2000. Le plus urgent est alors de baliser des chemins d’accès pour miniser l’impact sur le milieu naturel.
   +  L’implication croissante du représentant du navire dans la gestion de crise ouvre un champ d’action nouveau : la négociation. Mais négocier ne s’improvise pas. Il faut savoir quoi demander et sur quelles bases juridiques le requérir.
   +  Les pollutions maritimes ont toujours bénéficié d’une très forte exposition médiatique. À l’heure des réseaux sociaux et des smartphones qui permettent à chacun de prendre et diffuser photos et vidéos, la communication devient un enjeu majeur de la gestion de crise.

Vrai ou Faux ? Les navires double coque sont plus sûrs

VRAI ET FAUX. Lamarée noire de l’Erika a conduit l’Union Européenne et l’OMI à adopter le concept américain de double coque développé après l’Exxon Valdez et fondé uniquement sur le risque d'échouement. La décision de retirer du service les pétroliers simple coque a permis le renouvellement de la flotte mondiale. Le principe n’en reste pas moins controversé et la vigilance s’impose parce que ce type de construction plus complexe n’est pas sans risque : plus grandes difficultés pour inspecter et entretenir les ballasts, risque d’explosion, perte de flottabilité, déséchouement et remorquage plus complexes en cas d’avarie de coque, etc. Mais, jugée sécuritaire, la double coque a éludé toute autre innovation. Et presque 20 ans plus tard, l’absence de programmation de déconstruction de ces navires pose question car ils pourraient finalement s’avérer tout aussi, voire plus dangereux que leurs prédécesseurs.