La conscience du risque : un moteur pour l'action

Le plus grand risque consiste à croire que le risque de pollution maritime n’existe plus. Des accidents continuent pourtant de se produire dans le monde et pourraient tout aussi bien survenir au large de la Bretagne. A la marée noire s’ajoutent de nouveaux risques à l’origine de contraintes qui deviendront autant de défis pour gérer les futures crises. Etre conscient de la réalité du risque permet de se préparer efficacement à gérer un jour ces futures pollutions.

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Les idées fausses ont la vie dure

La perception du risque est souvent faussée par des idées reçues sur les risques, les responsabilités des différents acteurs et les actions à conduire, telles que :
   +  L’Etat se désengage et c’est aux collectivités de gérer à la place : NON
La responsabilité des opérations de lutte à terre a toujours été répartie entre le maire et le préfet, mais les petites pollutions du ressort du maire se multiplient avec les pertes de cargaison. En termes de main d’œuvre, l’Etat n’a plus de personnel à déployer sur le terrain et les agents des collectivités seront mobilisés. La complémentarité entre l’Etat et les collectivités est essentielle aujourd’hui, tout comme le rôle de Vigipol pour défendre les intérêts des collectivités dans cette nouvelle donne.
   +  Quand un conteneur s’échoue à la côte, c’est une fortune de mer : NON
Ramasser ce qu’il y a dedans est illégal et surtout potentiellement très dangereux s’il contient des produits chimiques.
   +  On nettoie au plus vite, on réfléchit après : NON
Mieux vaut prendre le temps de choisir les techniques adaptées afin de ne pas altérer davantage le milieu naturel par un nettoyage inapproprié.
   +  Les militaires et les bénévoles viendront nettoyer les plages : NON
Il n’y a plus d’appelé du contingent et les militaires professionnels sont mobilisés sur d’autres missions. Pour des raisons de risque sanitaire et d’efficacité opérationnelle, la doctrine ORSEC refuse désormais de faire appel à des bénévoles.
   +  On gère la pollution, on communique plus tard : NON
La pollution suscite toujours une grande émotion et de fait, une forte couverture médiatique. Les réseaux sociaux décupleront le phénomène. Ne pas communiquer dès les premières heures expose à devoir gérer une crise médiatique en plus de la pollution.

Entretenir la vigilance

La pollution maritime survient heureusement peu souvent sur un même territoire. Mais cette faible fréquence complique aussi le maintien d’une mobilisation suffisante des acteurs concernés. Conserver la mémoire des accidents et regarder ce qui se passe ailleurs est une nécessité.

Le transport maritime évolue. Les hydrocarbures transportés sont de plus en plus raffinés. Les navires sont gigantesques. Des navires utilisent le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) pour leur propulsion. Le navire autonome n’est plus de la science-fiction. Les cybermenaces sont grandissantes. Anticipons-nous les nouveaux risques et la façon de les réduire ? Comment repérer les signaux faibles pour nous y adapter ? Observer ce qui se passe ailleurs que dans le monde maritime ou à l’autre bout du monde. Accepter que nos projets ou nos croyances puissent être contrecarrés. Et surtout ne pas renoncer à faire de la veille parce qu'il y a des choses plus urgentes à faire. Car ce qu’on pense impossible est précisément ce qui a le plus de chance de se produire.

A partir de cette veille, il convient ensuite de :
   +  sensibiliser, informer et former en continu les acteurs
   +  se préparer à gérer l’imprévu et la surprise en adaptant les plans de secours
   +  savoir qui fait quoi et se connaître avant la crise
   +  faire avancer la réglementation sur la prévention des nouveaux risques

Focus : Nous préparons-nous à gérer les crises d'hier ou celles de demain ?

Pour affronter un risque, il faut déjà l’anticiper et pour cela le connaître : dans sa fréquence, son occurrence, ses causes, ses typologies, ses zones de survenance mais aussi son évolution. Ce travail, généralement conduit en réaction après une pollution majeure, a permis la mise en place d’outils préventifs efficaces. Citons la mise en place des dispositifs de séparation de trafics, l’affrètement des moyens d’intervention pré-positionnés dans des lieux stratégiques, la capacité de mettre en demeure celui qui menace le littoral, l’inventaire des ports-refuges. C’est déjà beaucoup mais on ne peut pas compter que sur l’analyse du passé pour se préparer aux risques de demain. En plus de l’analyse accidentologique, le Danemark et les Pays-Bas se sont également dotés d’outils de modélisation quantitative du trafic et des routes maritimes des cinq prochaines années afin de mieux comprendre les accidents potentiels de demain et ainsi pouvoir les prévenir dès aujourd’hui. Une méthode à méditer.